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Maryline Bizeul

 

 

 

 

  Vers & Prose

       Le Domaine  ( extraits )

        Pavillon F ( extraits )

            Sylvestris   ( extraits )

        Moral

  Biographie

  Bibliographie

 
 
 
photo Nathalie C.

 

 

 

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Vers & Prose

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Le Domaine   ( extraits ) 

C'est de nuit que j'arriverai au domaine.

Cette étrange phrase s'est imposée à mon esprit, il y a quelques années, alors que je circulais un soir sur une route déserte. Pendant quelques temps je me suis demandée ce que pouvait être le domaine.

Il y aurait la fatigue d'une longue conduite et les phares ouvrant la nuit, dévoilant la silhouette des arbres. Personne ne roulerait sur cette route et pourtant je n'aurais pas peur. J'anticiperais la fin du voyage et l'arrivée dans le lieu inconnu, où je me saurais attendue. Ce serait comme le port que l'on rejoint, après un trop long voyage.

 

Je fais partie des exclus sociaux. C'est une phrase terrible que j'aime parfois prononcer. Elle me rappelle que j'existe. Elle fait fonction de S.O.S. Mais qui entend le cri du prisonnier au fond de sa cellule, si ce n'est celui qui le pousse ?
 
.......
 
La bouffe du pauvre, aux yeux de l'opinion : des pâtes, des patates et des saucisses Herta. En tant que personne défavorisée, économiquement parlant, je récuse les saucisses Herta. Trop caoutchouteux. De toute manière, je ne consomme pas de viande au quotidien.
Certains se rassurent en prêtant au chômeur longue durée un côté analphabète. De près ou de loin, ce genre de bipède ne peut leur ressembler. Il y a autant de parenté entre lui et eux qu'entre l'homme et le singe.
J'ai parfois envie de hurler, d'une voix sans fin qui transpercerait l'horizon.
Sans famille, sans appui, j'ai tenté le grand schelem, il y a une bonne dizaine d'années. En obtenant, d'une formation permanente, une allocation d'études, j'ai pu réintégrer, pendant deux ans, un cursus universitaire. En dépit des difficultés rencontrées, je fus reçue à tous les examens présentés.
Cassures de l'enfance, brisures et fêlures sont les dons de la mauvaise fée, penchée sur le berceau. Difficile de se déprendre de l'envoûtement. On avance, on avance, ou, du moins, on le croit. On espère courir plus vite que la dépression, la semer. Puis un jour...
 
.......
 
Je perçois ces dernières années comme une enfilade de couloirs. Cette succession de corridors donne le vertige. Cela ressemble à un labyrinthe dont l'issue reste incertaine. les portes sont fermées. Il faut pourtant frapper aux portes, les essayer les unes après les autres. L'angoisse monte. Chaque porte débouche sur une absence. Faut-il être déficiente pour parvenir à si piteux résultat ! Un intervalle s'installe dans le temps passé entre chaque porte. La peur fait monter les enchères. La démarche se veut plus lourde, plus pesante. Il faut s'économiser. Une question se pose : combien reste-t-il de portes avant la fin des couloirs ?
 
 
(à suivre)

Le Domaine est le premier ouvrage de la trilogie de l'enfermement

( voir bibliographie )

 

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Pavillon F   ( extraits ) 

 

 

Dans le local vide, du vide de mon existence, j'ai lancé le cri. JE a empli l'espace, se cognant contre les murs. Il a franchi les frontières de la chambre, s'est répandu dans tout l'immeuble. Allongée sur le lit, j'ai hurlé sans discontinuer. J'ignorais tout du jour, de l'heure et de l'année. Le silence du lieu a été relayé par la sirène de l'ambulance. Ils venaient sûrement ici. Je me suis levée pour ouvrir la porte. Les deux hommes en blanc ont eu la courtoisie d'attendre avant d'injecter le produit dans mes veines. Ils m'ont aidée à emballer quelques affaires dans un sac. La perte de conscience s'est enfin présentée comme une délivrance

.....

Mal de tête. Mal de cœur. Des cachets. Le silence. Je sais que je ne guérirai pas. Dans le monde du dedans, la neige tombe à gros flocons. Il fait froid. C'est le pays du temps qui se perd. On n'en revient pas.

Je boude. Le mur me renvoie mon air maussade. Infirmier n°2 vient d'apporter un nouveau comprimé pour la tête.

- Que lui reprochez-vous ?

Je crains de savoir de qui il parle.

- Il n'est pas comme il faut.

- C'est-à-dire ?

- D'abord il a volé une partie de mes comprimés. C'est vrai, hein, que j'ai la main moins pleine ?

Infirmier n°2 à l'air gêné. Il hésite. Il est fichu de ne pas répondre.

- Une légère baisse de traitement. C'est insignifiant.

- Un psychiatre, c'est un psychiatre. Il n'a pas le droit.

Silence. Attente. La sympathie dans le regard d'Infirmier n°2.

- Je ne suis personne. Il me parle comme si j'étais une personne. C'est ça qui va pas.

- Laissez le temps, Caroline. Ce n'est pas grave. C'est juste que vous n'avez pas l"habitude.

- Peur.

Infirmier n°2 a quitté la chambre. Il est très gentil. La gentillesse ne suffit pas.  

.....

 

                  illustration jlmi

.....

On tient un crayon avec le pouce, l'index et le doigt du milieu. Mon geste est maladroit. Le mot tient en trois lettres. Il tremble sur le papier : mal. Je n'arriverai jamais à écrire quoique ce soit de lisible. Je ne sais plus.

En allant chercher les médicaments du matin à l'infirmerie, je m'attarde près du tableau où sont notées au feutre les consignes concernant les patients. L'idée s'impose d'elle-même. Ils ont laissé un feutre bleu au bas du tableau. On me demande d'écrire, je vais obtempérer.

Un coup d'œil rapide me permet de vérifier qu'il n'y a personne en vue. D'un revers de manche, je m'aménage un espace au beau milieu de leurs injonctions. D'une écriture maladroite, j'inscris une parole d'Albert Camus :

" Il n'y a pas de honte à préférer le bonheur."

.....

A l'atelier corporel, nous n'étions que trois. J'apprécie de plus en plus les exercices fondés sur la respiration. Ils évoquent le mouvement de l'océan. Marée haute. Marée basse. La dame du dehors m'a dit que je me débrouillais bien.

 

Le stylo Waterman glisse sur la page blanche. désormais, je recopie dans le cahier. ce sont des mots pour dire le pavillon F. J'ai déjà rempli une page recto et verso. Ma main s'est habituée au tracé des lettres. Je m'applique. J'ai peur. J'écris pour conjurer le sort...

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Pavillon F est le dernier ouvrage de la trilogie de l'enfermement

( voir bibliographie )

 

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Sylvestris   ( extraits ) 

 

(Premier extrait)

- Nous avons trouvé une solution à votre problème.

Solution. Problème. Trouvé. 

La phrase s'enroule sur elle-même, à la vitesse d'un manège ivre. Monsieur Lhermitte, de l'homme je n'ai gardé que le froid d'un regard bleu, aux aguets derrière les carreaux des lunettes.

Les rues ont avalé sans mâcher ma silhouette voûtée. J'ai regagné l'appartement sans savoir comment. Le chat m'attendait.

Cigarettes et briquets émergent comme une bouée au milieu du désordre de la table. Je m'effondre sur une chaise. Sans relâche, le manège poursuit sa course folle.

- Création d'une nouvelle catégorie : chômeurs de type végétatif. Neurasthéniques et assimilés. Concerne essentiellement les individus de sexe féminin.

Je ne comprends pas ce monde. Il y a trop longtemps que j'ai déserté. Le désespoir a le goût âcre de la cigarette. Cela fait mal aux poumons.

Dans le fauteuil, face au téléviseur, mon ange gardien se tient la tête entre les mains. Cette vision n'est guère réconfortante. Soudain, il désigne l'annuaire de la Nièvre. En tremblant j'ouvre le bottin. Mon regard se pose sur le numéro de téléphone de l'antenne ANPE de Nevers. Mon ange gardien fait certainement partie d'une série qui n'est plus attribuée. Il ne parle pas. Beaucoup d'équipements semblent lui faire défaut. cependant sa suggestion me rassérène. J'ai certainement eu affaire à un fou. Un coup de fil suffira à éclaircir le malentendu.

La permanence téléphonique est assurée par une femme à la voix suave. Je lui communique sans tarder mon numéro d'identifiant et mentionne ma rencontre de ce matin avec Monsieur Lhermitte, à la Charité-sur-Loire.

- Vous avez de la chance de résider sur un site prometteur au niveau touristique. ce n'est bien sûr qu'un emploi expérimental, d'une durée de trois mois. 

Problème. Solution. Trouvé. Le manège reprend son infernale rotation. Dans le lointain, la voix de la femme continue d'émettre son ronronnement. je ne capte plus qu'un mot sur deux.

-Smic mensuel... Logée, nourrie??? Dans deux jours... Vers 14 heures... Une aubaine dans votre situation.

Dans les caves de la mémoire, la voix de Monsieur Lhermitte résonne.

-Nous avons trouvé une solution à votre problème.

En raccrochant brutalement, je renverse un vase. la situation est grave, sinon désespérée.

......

illustration jlmi

 

- La vitre est sans tain. Ils vous verront, vous ne les verrez pas.

......

La Picasso roule vers le centre ville. Je suis murée dans le silence de l'absence. Place de l'Hôtel de Ville. Monsieur Lhermitte descend la rue principale pour s'engager dans la rue de la Verrerie. Il se gare devant ce qui semble être une ancienne mercerie. Le magasin a été rénové. telle une bouche géante la vitrine dévore l'ensemble de la façade. Ils ont recouvert le lit d'une couette bleu marine, parsemée d'étoiles. Pourquoi les étoiles ? Problème. Solution. Trouvé. Mon corps se rétracte. je ne veux pas entrer dans la gueule du diable. La clé tourne dans la serrure, scellant mon présent. je suis seule dans la pièce aux murs peints en jaune. Monsieur Lhermitte a marmonné quelque chose en partant. Je n'ai pas compris.

Instinctivement, je secoue la poignée de la porte. Elle ne s'ouvre pas. Une pensée flotte dans la pièce comme un noyé à la surface d'un étang. Souvent, je me suis sentie piégée dans les situations de la vie. Ce n'est plus une sensation mais un état de fait.

......

(Second extrait)

1er septembre 2001

Au réveil, j'ai senti que la journée s'engageait mal. La toilette est sommaire. J'arpente la pièce. je heurte presque les murs dans mon désarroi. M'occuper du chat ne m'a procuré aucun réconfort. Un invisible aimant m'attire. Je reprends sans répit mon mouvement de va et vient. Mon pas semble régi par une horloge géante. Son balancier impose son credo monotone. Il répète tic-tac à chaque déplacement.

Ils sont derrière la vitre. Une impulsion soudaine m'amène à cesser ma marche forcée. Je ne fume pas le matin. J'allume pourtant une cigarette et vais me poster face à la vitrine. Si je ne les vois pas, ils doivent recevoir l'impact de mon regard. lentement, j'inhale la fumée pour la rejeter ensuite contre la vitre. Ce sont les mêmes qui clouaient des chouettes aux portes des granges. Ils reprochaient peut-être à la bête d'avoir le bec crochu et des yeux jaunes. Je ne m'attarde pas plus longtemps et passe dans la salle de bain pour prendre une longue douche.

Le reste de la journée se traîne vaille que vaille. Mais où est donc passé mon ange gardien ?

2 septembre 2001

Le crayon hésite à libérer les mots. Un nouveau rêve s'est présenté cette nuit.

......

11 septembre 2001

Petit déjeuner avalé, j'ouvre la fenêtre. je me perds dans la contemplation du lierre. les yeux fermés, j'écarte légèrement les jambes. Pour plus de confort, je plie un peu les genoux. J'imagine les racines pousser sous mes pieds. Elles prennent possession de la terre. Je redresse le dos. mes branches se tendent vers le ciel. je me suis transformée en grand et bel arbre. la brise murmure dans mon feuillage. Le vent parle de force et de paix. soudain, une bourrasque se lève. Une de mes branches casse sous l'impact du vent. Monsieur Lhermitte passe à ce moment précis. Il la reçoit en plein visage. La magie est rompue. le sale type s'est introduit dans  mon imaginaire. Il a réussi à gâcher ce moment.

Le bureau devient le seul point de repli. Les notes de la nuit sont achevées. je décide de poursuivre les aventures de ma tortue.

...

(Troisième extrait)

11 septembre 2001 (suite )

...

L'après-midi s'annonce calme. Je dessine des tortues. je les colorie à grands jets de teintes vives.
Mon ange gardien, installé sur le canapé, lisse ses plumes. Il en prend soin et semble être fier de sa parure.
Ce mouvement de clé dans la serrure ? Ma montre indique 17 heures. Une intrusion aussi proche de la précédente est anormale.
Monsieur Lhermitte se propulse dans la pièce.
- Vous devez être informée des évènements...
Il paraît essoufflé. Abasourdie, je le regarde s'agiter. Aucune erreur possible, il est le diable dans le bénitier.
- L'Amérique attaquée. Des terroristes. des milliers de morts. Ils ont lancé des avions contre les deux tours du World Trade Center.
L'homme est tombé fou.
- C'est arrivé aujourd'hui. Des avions de ligne détournés par des pirates de l'air. Ils ont explosé avec leurs passagers.
Un, deux, trois. Se donner la peine d'articuler. Il faut le ménager
- C'est peu vraisemblable.
- C'est comme ça ! se met à hurler Monsieur Lhermitte. des islamistes. Ils ont attaqué l'Occident. Des fous. Des malades. Tous ces employés assassinés !
Ce sont toujours les innocents qui paient pour la folie des autres. Le phénomène ne présente rien de nouveau. La prudence m'incite à me taire.
- Votre situation est inchangée. Mais vous deviez savoir.
Rien n'est moins sûr. Si Babylone s'effondre, je ne donne pas cher de ma peau d'exclue.
- Cela dit, l'incident est clos.
Monsieur Lhermitte claque rageusement la porte, me rejetant dans les ténèbres du silence. ce temps de défoulement lui a peut-être fait du bien. En ce qui me concerne, il a détruit le reste de ma journée.
Mon ange gardien me regarde d'un air désolé. Il ne s'attendait manifestement pas à pareille histoire. Je me souviens que nous vivons dans un monde peuplé de Monsieur Lhermitte.
 
 
Dans l'obscurité de la nuit, j'ouvre la fenêtre. Des étoiles disséminées dans le bleu très sombre du ciel. La voûte céleste.

...

(Quatrième extrait)

16 septembre 2001

Qui de moi souhaite encore lutter ? Qui de moi veut abandonner la partie ?
Le rêve de Saint-Joachim est revenu, s'est complété. La salle commune. Le tic-tac attentif de l'horloge. La table ronde. Deux nouvelles chaises ont trouvé preneur : le père inconnu, la femme qui m'a donné naissance. Je les ai aperçus comme deux ombres. Le silence a continué de régner.
Je pense à Ayméric. Cette hallucination que j'ai créée pour continuer à survivre. Le brouillard s'est installé dans ma tête. C'est peut-être le début de la folie.
Je sens de nouveau leur présence derrière la vitre. Le quotidien reprend son cours. Ils sont revenus. J'éclate en sanglots rauques, des larmes leur succèdent. Je pleure sur l'impasse qu'est mon sort. La détresse se canalise. Je rejoins au fond du malheur tous les persécutés, les affamés, les sans espoir du globe.
Tic-tac. Tic-tac. le temps est sans mesure. Toujours la même pièce, toujours le même rôle. Deux mots s'imposent à mon esprit. Il ne s'agit en fait que d'un terme unique. Bouc émissaire. Qui décide de la distribution des rôles ? A-t-on le droit de ne pas jouer ?
La journée s'effiloche. Je n'ai pas la force.

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Sylvestris est le second ouvrage de la trilogie de l'enfermement

( voir bibliographie )

 

 

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Morale

On ne met pas
les mots 
dans les trous 
de son nez. 
Surtout 
en sociét.
 
On ne mastique 
pas son texte 
bruyamment 
et on évite 
de parler 
la bouche pleine.
 
On ne prétend pas 
avoir écrit 
un poème. 
On dit que 
des phrases 
se sont égarées 
au fil de la page.
 
Quand 
on ne sait pas 
s'il faut un N ou deux 
on en met trois 
pour les départager.

 

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Biographie

Maryline Bizeul est née le 13 février 1960 à Nantes. Elle réside à la Charité-sur-Loire depuis 1995.
L'écriture arrive sur le tard. L'expression racine est la poésie. Un parcours de vie atypique a induit une trilogie de l'enfermement qui se compose de : le Domaine, Sylvestris & Pavillon F.
L'impact d'un souvenir a contribué à l'écriture de Pavillon F. Dans le temps, à Saint-Joachim, une enfant écoute à la fenêtre de sa chambre des hurlements emplir le quartier. La peur au ventre, elle regarde l'ambulance stationnée devant chez les voisins. Elle vient de Pomprétain, l'asile d'aliénés voisin. Des hommes en blanc escortent le couple d'alcooliques jusqu'au véhicule... Le souvenir s'inscrit, indélébile dans la mémoire...

 

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Bibliographie

 

La Brière                    poèmes                     autoédition

Le Domaine                témoignage                        ed. Le manège du cochon seul    2003

Sylvestris                     roman                     ed. Le manège du cochon seul    2005

Pavillon F                   roman                        ed. Le manège du cochon seul    2009

 

ed. Le manège du cochon seul 
8 rue des Grands Champs
58000 Nevers
 
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