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Patrice Maltaverne

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Sommaire 
 
 
 
Vies de Rien
Envoizen
BibliBiographie
Poézine Traction-Brabant
 
 
 

 

Vies de Rien
six vers pour décrire une "vie de rien"  à partir de six mots

 

 

 

matricule 34

 
ill. x
 
Ils ont des vêtements tachés
Comme une décoration mais sans la guerre
Ils marchent toujours de biais
Portant une planche imaginaire
Comment les travailleurs mènent-ils
Leur barque à travers l’immensité des villes ?
 
Quand est-ce qu’ils arrêteront
De faire la guerre ces travailleurs tachés
Les seuls qui taraudent nos bureaucrates
Avec leurs regards de biais
Tandis que fusent des consignes imaginaires
Parmi l’immensité des badauds
 
D’habitude les travailleurs ne valsent pas en ville
Ils écument les boites à kebabs
De graisse ils sont tachés mais demeurent invisibles
Aux hommes de mauvaise volonté dont la paranoïa
Invente une guerre avec des espions imaginaires
Qui besognent de biais dans l’immensité
 
 
ill. ubuweb
 
mis en ligne en mai 2012   
 
 
 
matricule 33  
 
 
 
ill. jlmi
 
 
 
Les hauts talons résonnent à la cave
Cette fois-ci l’immeuble marche à l’envers
Cartons alvéoles pour abeilles butineuses
Ces pas qui montent mystérieux à la tête
Repartent aux courants d’air
Ou restent-ils malgré tout à l’ombre?
 
Pourquoi faut-il que les talons
Soient toujours hauts ils restent
Comme un halo dans le hall de l’immeuble
Quel drôle d’oiseau à ecchymoses
Quels cartons pâtes à colifichets
Traversent l’air en ce mystérieux passage ?
 
J’ai le souvenir d’avoir entendu
Un bruit de talons réveillant le printemps
Puis les cartons ont été sortis de l’immeuble
Ne reste plus que l’air aux fenêtres
C’est un conte mystérieux qui s’achève
Avant d’avoir commencé  
 
 
mis en ligne en mars 2012   

 

 

 

 

matricule 32

 

 

O le joli jaune de sa jambe de bois
Son poli sa propreté il y a sûrement
Des personnes dans la rue qui la dévissent
Pour lui prodiguer à l’atelier les premiers soins
Cette jambe est tellement belle après celle
Des dames que j’ignore sa tête au dessus
 
Il faut bien un car de police stoppé en pleine rue
Afin de démêler ce méli mélo de béquilles
Celui qui a hérité d’une seule jambe au crépuscule
Est joli il a même une sale tête comparée
A celle des personnes qui le dévisagent avec soin
Lui qui n’a pas la propreté des hérons de nos bassins
 
Pour qu’il change de rue deux personnes l’escortent
En échange de quelques bières il va sur une jambe
Se placer ailleurs à la vue des hommages de la propreté
Les plus lucides affirment qu’il n’a plus toute sa tête
Mais sa jolie jambe il faut bien qu’ils la voient s’étirer
En direction de l’artère où l’autre avec soin fut tranchée

 

 

matricule 31

ill. Simon ''Gee'' Giraudot   © 2011
 
Regardez ces quelques croissants de lune
Sortis du four tout croustillants
Ils sont pour des êtres humains
Qui ont déjà assez bouffé
Du matin jusqu’au soir
De leurs certitudes enfoncées jusqu’à la garde
 
Le soir tombe sur les caniveaux
Et je file direct vers la rue du Four
Dans la bonne artère où deux marginaux
Dépassent la certitude d’être humains
Portant la lune dans leur regard au pied duquel
Déposer mon rab de croissants
 
Je sais bien pourquoi
Ces croissants trop gras
Ne remontent pas jusqu’à la lune
Sous laquelle poussent des poubelles
Les soirs les humains les vident
Quand le four des bureaux éjecte toute ses certitudes

 

mis en ligne en juillet 2011

 

 

 

matricule 30

série noire IV  jlmi

 

Sur l’affiche un studio au centre ville
Galerie d’art pour le rêve en dollars
De ce maître d’exposition plutôt viril
A l’intérieur des frontières de ses bières
Hélas les murs ont croulé après un mois
Sur des nus aux ventres de gravats
 
 
 
Il fabrique des doigts d’honneur
Assumant l’alpha et l’oméga de l’art
Maître du noir comme de la peinture
Ses phalanges viriles trônent au studio
Rêvent de passer les frontières d’Amérique
Et dans une chute d’étagère cassent
 
 
Il danse telle une toupie tzigane
Sans creuser le sol Or c’est tout l’art
Du maître qu’admirent les buveurs virils
Sans que soient franchies nos frontières
Avant de nous les briser d’un rêve
Sorti en studio de son dixième verre

 

mis en ligne en juin 2011

 

matricule 29

                                                                                                              photo jlmi

 

Les jeunes qui fument au volant
Et zigzaguent avec les vitres ouvertes
Ont des tonnes de courses
A décharger du coffre
Où se devine une blancheur de layette
Avant qu’elle ne tombe sur le bitume
 
Soudé à mon volant j’aperçois
La blancheur de leurs visages derrière la vitre
Les jeunes sont si pressés de gagner la course
Que je me demande s’ils n’ont pas
Un cadavre à décharger dans une tombe
Lorsqu’ils me doublent dans la poussière
 
Ça y est sans jeter un regard à travers la vitre
Le jeune couple dont la blancheur s’éclate
Se dépêche d’aller tourner du volant
Au fond de cette impasse où finit sa course
Puis il repart en sens inverse et les bras m’en tombent
Car rien n’a été déchargé

 

 

matricule 28

dessins des enfants de la maternelle de Kervoalan en Côtes d'Armor    année 2006

 

Pas envie d’écouter vos avis d’adultes

Je veux rester en cohérence

Avec cette ombre qui depuis toujours joue

A profiter de ses fins de journées attentives

Lorsque les gens sortent de leurs documents

Puisque ne rien faire est mon acte fondateur

Les six mots qui fondent ce texte sont tirés d’un projet de statuts de la CGT

 

 

 

 

matricule 27

 

                                                                                      photo jlmi

 

Que sont nos sans domicile fixe devenus
Ils faisaient partie du paysage à grillages
Nous qui les avons vus à la fenêtre dériver
Sur le pont ou en dessous pas très érotiques
Hélas les choses ne sont plus que des choses
De plus en plus d’hommes le savent par cœur
…….
Sous la fenêtre ils avaient de la gueule
Quand ils voilaient le paysage de borborygmes
Mais aujourd’hui il n’y a plus personne sur le pont
La peur n’évite pas le danger aux yeux fixes
Tant vont les cœurs pêcher dans leurs poubelles
Qu’ils en deviennent nostalgiques de quelque chose
…….
Ils ne disaient pas bonjour sur le pont
Eh bien les voilà qui sont sortis du paysage
Eux qui donnaient un spectacle à nos fenêtres
Ont-ils trouvé avec le gel une place fixe
Où nous regarder diminuer comme des choses
Dont le cœur est l’insoupçonnable lambeau

 

 

matricule 26

 

 la Danseuse collage jlmi  2004

 

 

Il est venu trois jours cette semaine
A l’entrée du palace
Epier l’entrée des danseuses
En jean et en baskets
Pour faire ses exercices de souplesse
Contre un bac à fleurs
~~~~~~
Sportif avec ses baskets fluo
L’homme est venu faire le beau
Mais les grooms fument en souplesse
Avec leurs cravates face au palace
Quant aux danseuses elles détestent
Ces fleurs que caresse l’obsédé
~~~~~~
Venu chercher à la sortie
Sa petite amie danseuse
Il est reparti seul en baskets
Dans la nuit des bras cassés en souplesse
Son bouquet de fleurs offert
N’était qu’une jardinière à palaces
 
 
oOoOo
 
matricule 25
 
 
Ami tu pourrais être boucher
Videur de boite de nuit me parler
Un langage plein de crocs et de guerres
Mais tu as choisi d’empiler
Ton panel de fleurs par romantisme
Dans ce livre semble t-il assez plat
 ~~~~
Il s’en passe des choses pour le videur
Quand il est admis sans parler
Aux embouts de la boite
Où ça fait peur de voir la guéguerre
Des jeunes empilés vers la sortie
Qui se montrent enfin leurs crocs
 ~~~~
Videur c’est un monde complexe
Qui s’ouvre à toi quand d’une boite
Tu sors tes gaufrettes et que ça craque
Comme dans une guerre les planches empilées
A force de ne plus parler
Des accrocs que tu démêles mal

 

oOoOo

 
 
matricule 24
 
Les autres ont de l’expérience ils me disent
Tu es nul d’avoir nourri ce projet à long terme
De passer ta vie à briser tous tes élans
Mais toi tu trouves facile de poser comme principe
Qu’il vaut mieux ne pas faire de complexes
A solliciter le renouvellement de ton droit à paresse

 

oOoOo

 
matricule 23
 
Cherche le seigneur qui chaque jour de leur vie s’approprie
La liberté qu’ils croient tenir par le développement
De leurs facultés cérébrales leur tenant lieu de parties
Ils connaissent par cœur le protocole pensent-ils
Mais ont surtout besoin d’être rassurés encore
Sur le fait de savoir s’ils remplissent tous les critères
 

 

illustration jlmi
 
 
 
oOoOo

 

 

 

 

 

 
Envoizen

 

22

Déboussolé par le jargon mondain
Il a su avant tout remplir les assiettes
De grosses dames avides encore de sens
Preuve que quelques jeunes à la mode
Se mettent la pression pour le commerce
Des seuls rêves à pouvoir être réservés

 

21 

A force de s’être versé plein de verres
Il s’est endormi les bras en croix
Cette fois-ci c’est le train qui s’arrête
Avant son corps allongé sur la voie
Le ventre en baudruche seul se gonflant
Mort pour la main d’œuvre

20

 

 

Aujourd’hui Jack Russel a pris le bus
Toute une vie de chien transformée en vain
Balade dans les jardins et brève aspiration
A prendre l’air loin de ses fans
Au bout de trois heures les vieilles mémés
L’enterrent mais minute le revoilà déjà

19

 

 

Ici au creux des villes c’est l’ambiance mutisme
Pour aller plus vite la pluie balaye nos songes
Sur des lampes appartenant aux cellules dans lesquelles
Nous trouvons refuge près d’un clignotement
Le nôtre qui n’est qu’une pauvre promesse d’inconnu
Virtuel quand il s’agit d’en retenir l’anonymat

 

18

Un ensemble d’îles appelées magasins croît entre ces inconnus
Et s’il faut s’essuyer les pieds sur d’immaculées paillasses après la pluie
Autant que ça se passe à titre onéreux et dans l’anonymat
Pour cacher la honte d’avoir été appelé par le clignotement
Ni oui ni non murmurant à travers deux trois lampes
Et trouver enfin un bon compromis dans le mutisme

17

 

Sans blagues qu’y a-t-il d’autre pour l’anonymat
Que le mutisme des passants pendus aux crochets du travail ?
Les lampes brillent de chaque côté de leurs silhouettes
Grâce à la pluie qui ne peut féconder du bitume
Malgré les pas nerveux des inconnus sur la piste
Et le clignotement de quelques lumières en retard

 

16 

Le beau bébé rouge alcoolique
A fêté ses soixante cinq ans en liquette
A l’hospice de la Croix de Mission
Balancé par le rocking-chair
Qu’il a gagné depuis qu’il a perdu sa maison
En jouant aux osselets avec le notaire du cimetière

 

 

15

A l’hospice des bacs à fleurs de vert luisant
Un joli berceau flottant là sans sa mère
S’est vu fêté dans cette maison par hasard
Avant de muer en un rocking-chair agressif
Mais pour le bébé de poussière qui l’occupe
C’est juste la berceuse du cimetière

 

14

Tombé là depuis des lustres dans cette maison
Qui ressemble de plus en plus à un cimetière
Comme il ne joue plus au bébé alcoolique
A l’hospice on lui a laissé un coin western
D’où il se viande sur son rocking-chair meilleur
Que la camisole fêtée à chaque printemps

 

 

13

En rond comme des pierres les âmes s’élèvent
De leur tente pour que la mi- nuit
Nappe de sucre d’orge ces corps
Endormis sur les tapis qui ondulent
Lorsque les mules même deviennent gonflables
Autour de la crèche avant la reprise de l’école

 

12

Le thé à la menthe est pris dehors
Au pied de la casbah semblable à un château de cartes
Soufflées par le vent qui passe comme un bonbon
Dans la bouche de tant de stylos muets
Entre les contreforts de roses
Qui bientôt vont s’ouvrir à l’envers des sabliers du bivouac

 

11

Les bombes en frappant la terre
Parviennent à tamiser les cendres
Après leur passage demeurent quelques pendus
Parmi ces victimes à reconstituer
Tout un peuple qui ne peut plus dormir
Par la faute d’un seul criminel en fuite
 
 
En mémoire de Jean-Claude Koutchouk décédé le 5 janvier 2009,
Avec des mots tirés d’un poème « Père Noël d’Israël » daté du 28 décembre 2008

 

10

L’aviateur épris de liberté
En appelle aux vocables des oiseaux
Pour pouvoir survoler ces camps de réfugiés
Où même les loups n’ont que trois pattes
Par milliers il y en a des taches en bas
Qui fragilisent l’existence aujourd’hui

9

Je ne me sens pas capable de manger
A la table de cette pension d’ours mal léchés
Les seuls prédateurs qui se traînent ici
Adorent le déclin de la lumière sur les toiles cirées
Et dans l’avenir ils rêvent de se pourlécher les babines
De la solitude d’un interlocuteur juvénile
8
Leur appel reste lettres mortes
Au dynamisme à toutes les dynamos
Il n’est pas né celui qui avec ses croyances
Secouera le hamac dans l’harmonie duquel
La radio me berce d’informations chaotiques
Pour moi c’est la vie facile avec rien

7

On a fait le tour de la planète
Depuis des lustres nous sommes revenus
De l’Amérique après avoir vendu notre dernier bateau
A des fantômes de naufragés qui ont tout digéré
Nous séparant encore d’un mariage idéal
Nous qui sommes malades d’économie

 

6

Ce jeune homme gavé à l’eau de mirabelle
Ne voulait pas verser de sang
Du haut de son tracteur
Mais le policier est resté piqué au bord de la route
N’est-ce pas étonnant de voir
Quelqu’un qui ne sort jamais de sa ferme ?

5

Ils m’avaient promis tu es un fils
Attends-toi à ne pas rester dans ce coin sombre
Des voix t’appelleront tu te lèveras
De ton siège comme un seul homme
En route pour une pluie d’astres mirobolants
Mais des autres pèlerins assis ne vois que les os

4

Seuls les petits déjeuners viennent de l’extérieur
Dans ce local ridicule où j’attends
Que sonne l’heure du nettoyage
Une fois la clientèle partie en bolide
Et moi avec un balai pour les toilettes
A m’entortiller sur le balcon dans leurs linges

A force de ne pas y mettre d’accents
Les pages du seul livre toujours en cours
Telles une carte sans relief
S’envolent de mon personnage
Habitué à vivre à l’étage de la mort
Déjà manipulé par l’étendue de son sommeil

 

2

Il n’est pas sorti de sa poche
Le couteau qui brille même en avril
Du ponton il n’a pas empêché
La lumière de descendre à pic
Plus vite que ce vieil homme
Qui chancelle à la marge de lui-même (Vies de rien)

 

1

A regarder les fonds d’armoires
Jamais je n’aurais dû grandir
Vendre ma dépouille de bébé
Même s’il faut plaire aux mites
Pour des chaussures deux fois portées  

 

 

 

 

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BibliBiographie

 

Ça commence à faire quelques années que je traîne mes guêtres dans un marécage qui doit être celui de la poésie. Mais de cela suis de moins en moins sûr, depuis que je m’occupe de « Traction-brabant », poézine dans lequel diverses écritures se mélangent au point de ne plus appartenir qu’à un réseau tissé d’individualités très fortes, sans souci des styles ou cousinages de sang.

Bien que largué au sein de ce monde sans excès de repères, c’est bateau en tangage et néanmoins vrai de l’affirmer, je suis né dans la Nièvre, à Nevers en 1971, et malgré l’accroissement des distances, l’été dans le secret désert alentour est toujours prenant. Peut-être une raison essentielle d’écrire des textes « Comme… une lampe qui s’éteint » lorsque après « La fête seule » j’entame une « Descente au nadir » qui doit me permettre d’accueillir entre autres « Mauvaises nouvelles » « Le don du sang de la demoiselle en tailleur gris » et de vaincre « 36 préjugés avant la mort » pour affronter avec « Samson des bidonvilles » un état de « Sans mariage » en disant « Merci pour la musique » avant de laisser quelques « Souvenirs d’une ville illégitime ».